Heureusement, la nuit, tu rêves.
D’être une star du punk.
Cosmomaute.

***

– T’es triste?
– Je crois.
– Dans mon pays la tristesse n’existe pas.
– Tu ne pleures pas quand quelqu’un comme Moritz meurt ?
– C’est pas rien de voir le corps comme ça de Moritz pul­vérisé en sang, mais dans mon pays on ne pleure pas.
– T’es New Age?
– J’emmerde le monde.

Lulu n’est pas un ado comme les autres, sans doute parce qu’il vit de l’autre côté d’un mur, dans une tour au milieu des champs, avec une mère qui a du mal à l’accepter tel qu’il est et qui idolâtre sa sœur.

Le rêve de Lulu ? Devenir une star du rock ou du punk, ou faire comme Valentina Terechkova : partir à la conquête de l’espace et des étoiles. Mais Lulu doit passer des tests scolaires qui décideront de son avenir. Et l’avenir qui lui est proposé ne l’enthousiasme guère !

Alors, avec Moritz, son copain mal voyant, Lulu s’échappe dans des rêves, traversés d’extraterrestres bienveillants, où il serait possible de tout reprendre à zéro. Les deux amis réinventent un monde à la mesure de leur imaginaire et de la cécité qui gagne Moritz quand survient, comme tombée du ciel, une jeune fille improbable.

Magali Mougel trace le portrait d’un adolescent qui, à sa manière, et quitte à être mis au ban de la normalité sociale, détourne l’ordonnance imposée dans une fuite en avant émancipatrice et libertaire.

La cause littéraire (31/10/2017)

« (…) Le personnage principal, Lulu, a 18 ans. Il vit quelque part en RDA, de « l’autre côté du mur ». C’est un grand ado qui vit sa vie comme il peut avec encore des rêves dans la tête malgré une existence terne auprès de sa mère, de sa sœur, dans une de ces tours sinistres plantées au milieu des champs de colza.
Mais Lulu est myope comme une taupe…

La pièce construite en 14 épisodes (avec titres) retrace des moments de la vie de Lulu à travers quelques bribes de ses paroles, de ses dialogues ou les récits d’un chœur. Lulu est rejeté par le système scolaire et doit se contenter d’obéir aux adultes. Lulu a des embrouilles avec la « polizei », avec sa mère qui lui préfère sa sœur ou Blumstein, son chef dans l’entreprise de paysagiste où il échoue.

Il y a du personnage du souffre-douleur chez Lulu, le rêveur. Mais heureusement, Lulu a un ami, Moritz « son meilleur pote ». Ensemble, ils s’échappent de la grisaille ambiante de ce pays de pluie : ils boivent, ils chantent, écoutent une cassette de Marylin Manson. Le monde chavire poétiquement (p.28)

Et il y a surtout la fille, sortie de je ne sais où (épisode 9) qui le subjugue, qui incarne la beauté du monde. Neil Young chante pour eux deux. Et la fille lui donne un baiser ! Mais Moritz meurt du haut de la tour. Il faut fuir.

Il reste les arbres, il reste la liberté de quitter la maison : il faut rejoindre les étoiles. »

Marie du Crest, La cause littéraire, 31 octobre 2017
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Épisode 9 : Aller au zoo avec toi

La Fille, Chœur, Lulu

– Salut petit jardinier !

Elle sort de nulle part, elle.
Si Moritz était là, il n’en serait pas revenu.

– Qu’est-ce que tu fais ?
– Je taille et toi?

Elle est belle comme les cyprès qui longent les maisons
comme dans les livres on les décrit.

– J’observe le vent, les allées et avants du vent. Celui du nord se lève et c’est la pluie qu’il apporte, celui du sud se lève et c’est le vent et le sable qui entrent dans la ville et la campagne
et puis parfois comme aujourd’hui
c’est le vent chaud et le vent frois qui s’entremêlent
et on ne sait plus très bien ce qu’on a à attendre.

Tu te dis : Une beauté comme ça, c’est pour Moritz ! Il faut au moins qu’il voie ça avant que ses yeux foutent le camp et que sa vue se tire. Il faut au moins qu’il voie ce que ça donnerait cette fille à la figure belle comme un chrono­mètre de précision !

– Et tu resteras maintenant ici pour tailler jusqu’à ce qu’il
n’y ait plus d’arbres ?

Tu te dis : Ils sont arrivés ! Elle me parle et son front, son large front, ses doigts grands et longs / C’est certain, ils sont arrivés !

– Tu viens d’où ?

Et elle lève la main vers le ciel et sa main bat les airs et /

Tu te dis : Oh merde ! je vais pleurer de joie, Moritz ne va
pas en revenir ! […]

– Ça te dirait de venir jusqu’à ma tour?
– Je sais pas.
– C’est un peu loin, faut aller jusqu’à la sortie de la ville et après on s’arrête quand c’est les champs, avec le colza et rien, y a une enseigne et puis une tour. C’est là.
– Je sais pas.
– Ça te dit?
– On pourrait aller au zoo.

Elle dit.

– Voir les pélicans.

Elle dit.

– Je ne savais pas qu’il y avait un zoo, avec des pélicans. Je ne sais même pas ce que c’est un pélican.
– Je te le dessine.

Et ses mains dans les airs se mettent à tracer des dessins et des dessins et /
Je crois voir comme dans un film
ce que je m’étais toujours inventé
ce que ça me ferait si un jour, je marchais sur la Lune ou dans la savane.

Magali Mougel, The Lulu Projekt

The Lulu Projekt
No future for you but not for us !

un spectacle du Ring-Théâtre

Texte
Magali Mougel
éditions
espaces 34

mise en scène
Guillaume Fulconis
costumes
Floriane Gaudin
son
Quentin Dumay
assistante stagiaire
Héloïse Betlej

avec (en alternance)
Charlotte Dumez ou
Amélie Esbelin ou
Audrey Montpied
et
Cantor Bourdeaux ou
Sébastien Hoen-Mondin
ou
Kévin Sinesi ou
Côme Thieulin

Spectacle léger pour petits théâtres et salles de classe